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Vendredi 19 Mars
11:31
Agir, c'est une création continue...
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De l'éternité...
Les rêves sont parfois curieux, ils ont ce pouvoir d’entrechoquer la vision et un constat sans corrélation véritable.
Au premier abord, aucune liaison possible entre l’image d’un homme musclant son buste en s’étirant et l’évidence de l’éternité dans la création. Et pourtant… Au réveil, une évidence … Ne me demandez ni comment, ni pourquoi. Pourquoi sommes-nous ? Pour qui ? Quel en est le sens ? Qu’est ce qui pousse l’homme à créer ? Pour une bonne partie du monde, le constat que, seule la femme est dépositaire de la vie, existe. L’homme serait créateur par désir de donner la vie à travers une illusion. Longtemps, j’ai opté pour cette solution en supposant que mon besoin de faire naître procédait de ce manque. On imagine très mal, dans l’intimité de cette naissance, tout ce quelle engendre pour le sorcier qu’est l’artiste. Faire naître dans l’opaque brouillard d’un vide blanc donne vie avant tout à un ensemble de doutes, de peurs, d’angoisses de souffrances, et le passage à l’acte est pour les adultes que nous sommes un immense mur à franchir qu’un enfant dépasse d’instinct. Dix ans de réflexion pour un constat assez simple. Au-delà de tout, l’homme crée pour sa survie. Il est une goutte d’eau dans un océan multiple, une seconde dans l’éternité d’un cycle sans fin. L’homme crée d’abord pour se comprendre, pour grandir, pour s‘élever dans le tréfonds de sa conscience. Il recherche un souffle de vie, happé qu’il est par la société humaine. Il prend conscience de son unique présence et de sa valeur au sens vivant du terme. Son existence est programmée et, en venant au monde, il porte déjà en lui l’horloge de sa disparition. Et le temps s’écoule… L’homme crée et, au-delà de son futur anonymat, sa trace restera l’empreinte palpable de sa vie passée. Que représente alors cette trace ? Quel message fait-elle naître chez l’autre ? Trace qui, dans les aléas du monde, nous survivra. En quoi le regard posé sur cette trace fait vibrer l’œuvre et redonne vie à son initiateur ? En quoi le simple regard, l’instrument infiniment complexe qu’est l’œil, joue ce rôle de passeur d’âme et d’éternité ? La trace de l’homme, ses actes manqués ou acquis, lui survivent, et c’est ce qui me laisse penser que tout est possible. Fayoum : anonyme Cliquez ici >l’homme à l’oiseau Peints sur des plaquettes de bois précieux ou sur de la toile de lin, les portraits funéraires de Fayoum sont réalisés à la cire. Celui-ci date de la période romaine du Ier au IVe siècle après J-C. La majorité de ces portraits représentent les visages grandeur nature. Ils assurent aux défunts une physionomie, dans l’au-delà, identique à celle de leur vie sur terre. Est-il excessif de dire que ces êtres défunts ont délégué à leurs simulacres un pouvoir hypnotique, comme si, une fois la vie disparue, au travers de la mince pellicule de peinture, se manifestait une sorte d'appel, parfois de sommation, qui nous invite et nous oblige à la fois à voir et à nous voir ? Dans ce portrait de l’homme à l’oiseau, l’artiste anonyme tend a libérer la lumière intérieure qui réside dans l’être humain. La jonction fondamentale de l’ombre et de la lumière peintes, à peine perceptibles mais que je décèle, libère cette énergie et illumine ce visage. L’histoire de l’art nous rappelle que, dans la lucarne qu’est la toile, accès sur un monde pictural, imaginaire, mais terriblement vivant dans son acte créatif, la lumière qui entrechoque les couleurs se situe à l’extérieur du tableau. Qu’en est-il de ce portrait qui, par ses oppositions fondamentalement internes, s’irradie et remplit son véritable rôle d’éternité ? Je suis littéralement fasciné par cette reproduction qui, à mes yeux, vaut mille lectures philosophiques. Sa facture un peu enfantine, à la limite du douanier Rousseau, me rappelle sans cesse que ce que vers quoi tend l’homme se situe en chaque être vivant, et bien évidement chez l’enfant, avant sa perversion d’adulte. Comment, artistes que nous sommes, le rôle que nous donnons à nos traces peut-il être ou apparaître ? Dans la démarche qui est la mienne, je cherche en vain à comprendre le sens de ce fluide coulant, de ces myriades de lignes, d’intersections, d’entrecroisement, de cette multitude qui m’envahit et dont j’ai l’intime conviction quelle m’échappe totalement. Sommes-nous véritablement conscients de tout ce que nous engendrons, nous réalisons ? Cela nous appartient-il réellement ou est-ce simplement la découverte d’une clé qui ouvre une porte vers un langage dont nous ne sommes pas dépositaires, mais simplement passeurs ? Comment l’œuvre survit-elle à l’artiste et comment peut-elle s’exprimer au-delà de sa vie ? Comment la lumière apparaît-elle dans le sens de l’œuvre ? Bien des questions, pour le moment sans réponse, mais qu'il faudra décoder pour avancer. Dimanche 9 Août 2009
Manser Fluxser
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