L'ECORCE-NUIT

Jeudi 4 Juin 2009
 
TENTURE DE L'ÉCORCE-NUIT
 
Mon paletot part en quenouille
La nuit est médiévale –infiniment radieuse-
Vois la constellation du singe, Andromède & la Grande Ourse
Elles pulsent au diapason de mes pulsions, elles me font face
outrageusement..
La nuit me nargue ; elle m’adresse un revers de soie..
Ma joue est une broderie dont chacun des points est né de
la palpitation du soir..
Je suis allé pour m’égarer dans les entre-voyures des songes
J’ai suivi le fil de mes non-dits, à chuchoter parmi les masques
Ils ont tatoué très doucement des constellations de regrets
Sur mon écaille acérée, toujours plus à vive..
J’ai senti des branches d’aubépine sortir de mes yeux éperdus.
Donnez-moi la nuit, ce soir je me découds à volonté dans sa cour de
gare intérieure..
Les oiseaux de nuit -les chants de crépuscule- sont étrangement doux
et délicats..
Je suis le témoin du grand tout, mon âme est de toute éternité
Qu’on me serve un grand verre de poussières d’argent
aux fontaines des origines ;
Qu’on me saupoudre à l’immortalité du tout premier instant,
au mystère des nuées..
Je t’aperçois tel un pulsar qui balance son vit dans une litanie
de connexions infinies..
Tu traînes comme une robe antique qui coule de la plus haute marche..
Je te fais peur, comme la nuit fait peur aux chrysalides..
Je suis la poésie d’un code qui je veux affoler, plus jamais déchiffrer :
Défricher chaque plaie, au couteau de l’écorce, contre l’écorce-nuit..
Chuchote à mon oreille ton haleine d’argent :
la flamme de ton œil j’en fait mon talisman..
Alligator écarlate aux cimes si perçantes, transperce la chair des regrets,
transperce les rires cruels, déchiquette à l’hélice chaque mot malhabile,
Aggrave dans la bile l’épiderme fébrile..
Rossignol pugnace exorbité de fièvre, des grêlons de jasmin ont percuté ton fiel.
Le temple gyrophare, cathédrale de pagnes, anéantit l’oubli comme sourires fourbus..
Je suis une prairie de lionnes échaudées, je suis ton esquisse subtile,
je suis par delà les joncs, par delà les roseaux, je suis de ces épiphanies
dont on veut se saisir les doigts ensorcelés..
Arrive, traverse ma toile sans plus te récrier
J’enjambe un accident de traces sans passé..
Vois donc, vois comme s’enroule l’ensemble de mes sommes, de mes multiples
sommes, de mes anciens visages et de mes mutations, tout leurs cocons griffés
au diamant des secrets..
Mords, mords à plein poumons la réincarnation de mes salves.
Viens braver -je te prie- le cœur filandreux de la plus haute quête..
 
Le portfolio
peinture:  Manser
Poème:  Bruno Thievet 
Design Sylvie Arzaud
 
Manser/Thievet
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