Entrons dans le panneau central. Après le Chaos vient la création du monde. Nous voici maintenant dans l’Eden. Dans la partie gauche, pousse un très bel Arbre de Vie qui symbolise l’origine et le développement de tout ce qui existe, tout ce qui est vivant. Ses branches montent en volutes vers le ciel étoilé, s’entrelaçant dans une parfaite harmonie. Au travers de ses rameaux, la lune éclabousse d’or tout ce qui l’entoure. Le sol est incrusté de motifs aux multiples contours, de ciselures d’or délicatement galbées. Un chemin dallé d’or se dirige vers l’arbre. Tout semble calme, douceur, sérénité. Lorsqu’on regarde la partie droite du panneau, on croit d’ailleurs retrouver ces sensations. Un second Arbre y figure : peut-être celui de la Connaissance du bien et du mal car, en-dessous, se trouve un couple, une femme semi-allongée et un homme qui la regarde intensément. Il s’en dégage une volupté, une lascivité, une sensualité, des sensations très fortes. C’est l’Amour naissant. Mais la Tentation est là. Tout en haut, à droite, surgit la tête triangulaire d’un serpent à cornes, d’un serpent-dragon plutôt, avec sa langue bifide qui darde en direction des deux amants. Croyants ou non-croyants, nous connaissons tous la suite … Ce paradis terrestre est un monde rêvé, un monde merveilleux où tout est beauté et où beaucoup aimeraient pénétrer. Il n’est pas ici question de péchés multiples comme dans l’œuvre de BOSCH, mais simplement de ce qu’on appelle plus classiquement « le péché originel » que beaucoup d’entre nous considèrent avec la plus grande indulgence, voire bienveillance !
Allons maintenant dans le panneau droit : l’Enfer. On y retrouve, en haut à gauche, le corps du serpent-dragon dont la tête figure déjà dans le panneau central. Il est griffu, ailé, couvert de squames, prolongé par une longue queue épaisse prête à fouetter ses victimes qui passeraient par-là. Un peu à sa droite, en haut, nous voyons des arcades dont les chapiteaux sont ornés de masques démoniaques. En bas, un être cadavérique sort de son sépulcre. Est-ce Lazare ou, comme dans un film d’horreur, un mort-vivant ? Derrière, la nature se déchaîne, un volcan entre en éruption. Et partout, des démons, des maudits … Le plus grand, sur la droite, désigne du doigt le tombeau ouvert. L’un, juste au-dessus, est assis et regarde en ricanant. Encore un autre, un peu plus haut, est presque caché par un pilier. Et un peu partout, des diablotins voltigent ça et là. Le regard doit bien fouiller pour les repérer ! Comme dans le panneau central, on retrouve également dans la partie inférieure de ce panneau, motifs et ciselures d’or.
Quittons vite l’Enfer pour nous réfugier dans le panneau gauche : le Paradis. Là, nous attend l’Ange divin. En hauteur, il mesure près des deux tiers du tableau pour mieux symboliser sa puissance (au Moyen Age, le Roi, par exemple, était souvent représenté en beaucoup plus grand que ses sujets). Cet Ange n’a pas d’ailes, sans doute par opposition aux démons qui en sont tous pourvus. Il est beau, son regard est empreint de douceur et de bonté. Tout en lui est spiritualité et harmonie. Il est là pour accueillir et protéger ceux qui arriveront au Paradis, et peut-être aussi pour veiller sur ceux qui sont encore sur terre, même les pécheurs véniels et les repentis dont il sera l’Ange gardien. Ses épaules sont ornées d’arabesques et d’ornements d’or. On y retrouve, comme un leitmotiv, certaines choses existant dans les deux autres panneaux :
dans la partie haute, la nuit étoilée
au milieu, une frise délicatement travaillée, presque une ligne d’horizon …
tout en bas, des motifs comme autant de ciselures d’or
tout autour, un cadre finement dessiné, un peu comme une broderie
Il nous faut maintenant refermer les deux volets latéraux … Le JARDIN DES DELICES disparaît alors, jusqu’à sa prochaine réapparition qui ne tiendra qu’à nous. Mais maintenant, nous sommes en présence d’un superbe tableau abstrait, minutieusement détaillé, fouillé, précis. Le triptyque s’est transformé en un diptyque riche, foisonnant, somptueux, d’une esthétique foudroyante, que nous pouvons regarder et regarder encore. Du pur MANSER !
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