ORIGINE


 
 
ORIGINE
 
Tous contemplent l'enfant que tu nais.
Ils encerclent l'étoile nouvelle, tout juste accouchée dans l'espace,
tels des araignées devant leur toile filante.
Ton cocon s'ouvre sur leurs papilles ébahies, découvrant le papillon aux pupilles ahuries.
Chacun peut lire sur les lèvres des mondes comme on te célèbre,
aux quatre coins des galaxies.
Désaltère toi de vie, repose ton être, et dors mon adoré.
Réchappé de ta cage en or, les adultes t'adulent dores et déjà,
toi l'insecte bizarre qui se déploie en bazar.
Ton chaos suit l'ordre des choses,
il se tapisse dans la lumière céleste
où brillent tes premiers gestes.
Tu vas pouvoir saluer la mère
dont le sein est l'univers et le lait si divin.
Son ventre a nourri ton existence,
et c'est bouffi de ces belles imaginations
que tu vas pouvoir explorer le réel et ses fascinations.
Avant de recouvrir les origines dorées,
prends les siècles de grandir en respectant chaque fils,
répertorie les indices et tu reviendras bientôt vers cette essentialité.
Son ventre brûlera encore de toi à ton retour du deçà,
et - fruit brut de nos amours - tu ne cèderas plus aux tentations alentours.
Les contours peuvent bien te décerner quelques une de leurs séductions,
ces contours qui parfois détournent l'attention,
mais c'est sans compter sur la boule de feu qui danse au fond.

Cet astre rond, tour à tour problème et solution, au centre de tout,
est le cœur de l’univers et le noyau de l’atome.
Il est partie de toi, de ton parent,
il est le néant que tu retrouveras petit homme,
pour l’intégrer complètement.
Le centre et toi, nombril de l'existence, magiques,
se confondront une dernière fois
dans une fusion éternelle et harmonique.
Tu anéantiras l'Être pour enfin t’envelopper dans le vivant unifié,
évinçant la peine, tu gagneras l'au delà et la félicité qui y baigne.

Mais tu ne dois pas laisser l'impatience encombrer ta marche,
ni t’attarder sur les farces qui distraient l’évanescence.
Si l’astral aspire à de précieux projets,
ses tentacules de lierre descendront distiller tes affaires ridicules
pour te rappeler aux lignes droites de ta mission.
D'ailleurs, les paysages qui émanent de ta naissance ont amorcé la machination.
Aucun retour en arrière ne te permettra la fuite,
ton retour à la source ne se fera que par la suite.
Méfies-toi du temps et de ses prétendues continuités.
Apprends à t'enrichir de tes contrariétés.
Entre temps, cette pieuvre, le temps fait son œuvre.
Et après l'errance d'une vie sur terre, tu te joins à la conspiration stellaire,
la seule issue, une fin seulement pour ceux qui n'ont pas compris le début.
Petit homme. Tu es pris d'un vertige, et d'un autre.
L'âge afflige ta peau, et le reste.
Les atomes s’en décrochent tandis que la mort s'en approche,
toujours un peu plus prêt, et un peu plus moche.
Puis, la nature te délivre, te montre comme la mort est libre.
La nature est l'effort lumineux qui majore la vie par sa prodigalité.
Et dans un élan ultime, tu es mort, adoré.
Tu te figes. Et alors. Et alors.
Tous se réjouissent du retour de l'enfant prodige.


Peinture:  Manser
Poème:    Alexandra Sarrazin
Design :   Sylvie Arzaud


Vendredi 5 Juin 2009
Manser/Sarrazin

     


1.Posté par Sylvie Arzaud le 05/06/2009 18:03
Merci !!!!

Nourrissez-moi encore et encore...
Bravo Alexandra, très beau texte ! Je suis entrée dedans...

Je suis fan !
Vloune
http://www.fluxser.com

2.Posté par berryklod le 05/06/2009 19:37
Mais c'est qu'avec ces textes tous plus beaux les uns que les autres, je ne vais plus oser faire le moindre commentaire ! C'est superbe, Alexandra !


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