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Samedi 13 Mars
12:50
Agir, c'est une création continue...
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Pas à pas.Pendant que d'autres se posent des questions sur l'art, son rôle, son histoire et sa place dans la société, et surtout leur place dans ce marché, j'en suis toujours à me poser les mêmes interrogations de mon côté, et cela ne risque pas de changer.
Comment exister, et surtout comment exister avec RIEN ? Savoir où nous mène ce chemin dans l'extrême simplicité ? D’un autre côté, crise oblige, nous n'avons pas trop le choix, sauf si on prend le parti de ne réaliser qu'une chose par an et de faire grand en s’en donnant les moyens financiers.
Cela peut paraître obsessionnel, mais, récemment, je me disais que, pour apprécier la richesse, il fallait avoir connu la pauvreté. Dans ce choix de vie pour lequel j’ai décidé d’opter, je peux dire sans hésitation que j'ai ressenti cela. Aujourd'hui, quand bien même je serais blindé jusqu'à la gorge, j'aurais toujours ce sentiment de ne rien posséder. Cela m'a aidé, je dois le reconnaître, d'avoir vécu ce manque. Cela m'a pris presque dix ans pour digérer cette situation, des années à ne pas bosser (de toutes façons, je n'avais pas le fric pour), mais dix ans pour que, dans mon esprit, je finisse par accepter l’idée que je possédais finalement quelque chose. Oh, trois fois rien, juste une sensibilité un peu plus développée que d'autres, une chance de savoir l'exprimer, la compréhension que cette expression me fait grandir humainement, tout simplement, et l'envie d'une ligne la plus minimale possible. Ces derniers jours, je suis en proie à beaucoup de remises en questions. Je cherche, bien entendu, un bien-être, quelque chose qui me permet de calmer mon incessant bouillonnement mental, et je le trouve avec le temps dans des rencontres enrichissantes et des témoignages qui me touchent. J'ai eu récemment le plaisir de rencontrer Hervé Perdriolle, Directeur artistique, Commissaire d’exposition et Essayiste. J'aurai l'occasion prochainement de vous le présenter à travers un billet pour mieux appréhender l'homme et son action. Mais, pour vous donner un avant-goût, sachez qu'il accompagna Richard Long dans le Maharashtra. Le reportage fait à cette occasion est l’un des seuls témoignages photographiques sur les oeuvres éphémères en cours de réalisation de l’un des fondateurs du Land Art. Il est surtout le spécialiste mondiale de l'art Warli. Située dans le Thane District, à approximativement 150 km au nord de Mumbai, la tribu Warli compte encore aujourd'hui plus de 300 000 membres. Son représentant le plus éminent est Jivya Soma Mashe. Cette expression artistique, à l'origine exprimée essentiellement par des femmes, est aujourd'hui réalisée par les hommes. Grâce à des hommes tels que Hervé Perdriolle, mais aussi à bien d'autres passionnés, ces artistes ont aujourd'hui une vraie reconnaissance sur la scène mondiale de l'art. L'originalité de l'art Warli tient, pour moi, dans son mode d'expression, ses moyens réduits à l'extrême. Aux côtés de Keith Haring et Jean Dubuffet, je place cet art indien parmi mes principales références historiques et artistiques. L'iconographie extrêmement sommaire de leur peinture, réduite à l'essentiel, est réalisée à l'aide de moyens picturaux eux aussi rudimentaires. Ces peintures rituelles sont faites à base de terre et de bouse de vache : une seule autre couleur, le blanc. La couleur blanche est obtenue à partir d'un mélange de pâte de riz, d'eau et de gomme qui sert de liant. Cette peinture sera appliquée à l'aide d'un bâtonnet de bambou préalablement mâchonné en son extrémité afin de lui donner une souplesse comparable à celle d'un pinceau. Ici, tout est ligne, trace, symbole, écriture : deux couleurs et un vaste univers dévoilé. Curieusement, tout en restant très humble, je pense beaucoup à cette communauté d'artistes lorsque je dessine des oeuvres éphémères, sur les arbres, les pierres, le sol, des murs ou des panneaux de bois totalement délabrés et rongés par l'eau et le sel. Ces dessins que ma main laisse courir sont le plus souvent conçus avec du carbonate de calcium, plus communément appelé craie. Ici, le fond naturel du support fait opposition de valeur avec la blancheur de la craie. Avec, en tête, cet autre artiste que j'admire beaucoup, Richard Long, grand voyageur devant l'Eternel, moi aussi je chemine, sur les routes et les sentiers, petit sac en bandoulière, paquets de craies, chiffons, un baladeur sur l'oreille, l'appareil photo à portée de main, tout ce petit attirail comme seul compagnon de route. Rien n'est jamais prémédité, tout fonctionne avec conviction et mémoire ancestrale, accumulation de vies qui, agglomérées, font germer des lignes et des courbes, laissant naître cette écriture qui aujourd'hui fait mon monde. Il est loin le temps où je pestais contre ma servitude envers le confort créatif, la consommation, mes besoins grandissants de matériaux coûteux, châssis, peintures en tous genres, et cet espace essentiel qu'on appelle « atelier ». Ici, respire la liberté, et ces moments sont indispensables pour maintenir la cadence de l'imagination. Pour autant, je ressens des étapes à venir qui vont changer un peu la donne : - un besoin d'ouverture plus profonde sur d'autres expressions, d'autres supports - des échanges avec d’autres artistes - un besoin de développer aussi une production éphémère dont la mémoire photographique sera en phase avec le résultat, l'empreinte que je souhaite. Il reste encore à régler le problème de l'appareil car mon Leica Bridge commence à se faire vieux. Il faudrait aussi que je m'attelle à permettre au signe S.E.R. de devenir un véritable outil de propagation de talents. Dans sa conception, j'ai défini ce signe clairement dans sa forme, mais je l’ai laissé vide dans sa partie interne, comme un espace d'accueil, de diffusion d'informations. De là à ce qu'au travers de ses productions, Fluxser devienne un distributeur de talents, via des films, des reportages, des interviews, c'est une réflexion que j'entame depuis déjà un bon moment. Bref, sur ces deux derniers points, j'aurais beaucoup à développer et à installer, si je pouvais éviter, comme tout un chacun, de me battre pour des questions financières. Au mieux, la solution serait effectivement le partage de compétences et de moyens. Tout cela viendra, je l'espère, dans le courant de l'année 2010. En attendant, je poursuis mon engagement sur l'exposition prévue en avril prochain, dans le Var, que je partage avec deux sculpteurs talentueux (trois esprits valant mieux qu'un). Et je continue mon chemin sur cette route graphique qui, je l'espère, me donnera définitivement les bonnes bases pour engager un vrai travail de fond sur le langage scripturaire que je veux installer. Lundi 12 Octobre 2009
Manser Fluxser
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