Le carnet

Corps célestes

Alchimie
Alchimie "OR"Gasmique

Un mal fou à décrire ce que j'ai ressenti. Pourtant il faut bien en passer par là ...
Comment expliquer une émotion ? L'idée d'un passage qui bouscule tout.

L'écriture est le passage obligé vers toute perception universelle de cet espace, méandre de lignes folles qui se croisent et s'entrecroisent, sillons brûlants dans l'oubli du temps.

Pourquoi cette perception obsédante du dépassement espace-temps?

Lorsque je m'installe face à une toile, dans la profondeur du vide, et que l'histoire se déroule au rythme sonore des battements de mon coeur, il me semble qu'un voile se déchire pour laisser la place à une présence insistante. Cela reste pour moi comme une découverte que je caresse du regard, que je touche, cela reste statique, juste une évidence qui sort de je ne sais quel bouge désertique.

Tout me rassure, je maîtrise, je contrôle, je domine l'ensemble du processus. Je n'ai qu'à lâcher mon cerveau et assumer ma confiance absolue dans cette main qui papillonne dans l'air.

Je me sens fort de tout et plus rien ne m'angoisse, des années à mentaliser, millimètre par millimètre, des kilomètres d'espace ...

Que de nuits à voyager, les yeux ouverts, à casser ce pan de mur pour ouvrir des brèches et partir loin, très loin, accroché à la bouée du réveille-matin qui me ramène à la réalité.

Et cette nuit ... où j'ai voulu aller plus loin, plus loin encore, sans mesurer les conséquences …

Faut-il que nous ayons besoin de souffrir pour aller au-delà de tout ?

J'assume l'idée que mon coeur est sous l'emprise de mon esprit, je vis très mal certains échecs de ma vie, mon idée absolue d'aimer qui n'est pas en adéquation avec la réalité humaine. Alors, tout naturellement, j'en viens à imaginer, à créer, comme Porbus, mon chef-d'oeuvre inconnu ... ma belle Noiseuse.

Et cette nuit là, elle vint caresser mes yeux noyés de larmes froides.

Un rien, sans paroles, des gestes, donnez moi tout ce qu'il vous reste...

"Ta peau nue, ta respiration qui fouette mon âme comme une mer en furie, la tempête soudaine, le vent qui se lève, violent, et ma barque fragile dans la houle infernale. Ces sillons de glace qui consument ton corps, routes improbables dans l'immensité de ta féminité. Ces effluves odorants, ces ondes de chaleur invisibles qui chatouillent mes narines et m'enveloppent de ton manteau d'OR.
Je sens la perdition accrochée à la boussole de ma conscience, je veux vivre et mourir à la fois ... Je cherche la transcendance.

Tu combats sous l'assaut de mon feu intérieur. Orpailleur de la nuit, je prospecte dans tes rivières bouillonnantes, j'extrais ton essence éternelle pour forger un joyeux scintillement.

Forgeron de l'enfer, je bats, je cisèle et je forme dans l'obsession de ta naissance. Je souffre à chaque coup rythmé par ta respiration qui m'empêche le contrôle absolu. Ma main tremble, ma vie est suspendue à ce fil d'OR qui rétrécit mon champ de vision, je m'y accroche dans la peur du noir sidéral. Funambule de la nuit, je joue à chaque pas, à la vie et la mort, comme une roulette russe ... pour te voir vivre.

Et ce temps qui s'écoule, puise et m'épuise, suceur, avaleur d'énergie ... Le combat se termine, j'abandonne pour la première fois, je baisse la tête et, humblement, te demande de venir à moi.

Je meurs dans l'éblouissement de ta présence, tu es venue … enfin."


Rédigé par Manser Fluxser le Samedi 25 Avril 2009 à 14:11 | Commentaires {0}